Voici — par la grâce d’Allah ! — la traduction d’un passage du Majmû’ al-fatâwâ [1] du shaykh de l’Islam Ahmad Ibn Taymiyya — qu’Allah lui soit miséricordieux ! —. Le sujet a effectivement son importance. Mais d’aucuns peuvent êtres saisis par le sentiment que ce thème est comme parfois oublié, si l’on regarde le nombre d’écrits que propagent les sectes égarées ici et là avec rigueur, fermeté mais soins. C’est pourquoi j’aimerais que cette traduction soit in shâ Allah, sans aucune prétention de ma part, le début d’un traité sur les noms les plus beaux et attributs les plus hauts d’Allah — Gloire et Pureté à Lui ! —, issu des écrits du shaykh damascain, pour répondre aux ambiguïtés et incertitudes que propagent ces groupes déviants de la Voie de la Tradition prophétique. La traduction fut relue et corrigée par le frère Muhammad al-Maghribî — qu’Allah le préserve —. Les notes de bas de page ont été ajoutées par moi afin de référencer les hadîth et apporter quelques modestes explications pour faciliter la lecture et comprendre certains termes employés avec l’apport du frère Muhammad. Qu’Allah le récompense pour cette relecture et les précieux conseils qu’il m’a donné. Je demande à Allah — Gloire à Lui ! — par Ses noms les plus beaux et attributs les plus hauts de m’aider dans ce modeste travail, Il est certes Entendant, Proche et Répondant à celui qui l’invoque.
Votre frère en Allah, Abu Ibrahim al-Kurdy
Le shaykh de l’Islam Ahmad ibn Taymiyya — qu’Allah lui fasse miséricorde ! — fut interrogé à propos de deux hommes qui divergeaient au sujet du crédo. Disait l’un d’eux deux : « Celui qui n’a pas la conviction qu’Allah — Gloire et Pureté à Lui ! — est au ciel, c’est un égaré. », tandis que l’autre disait : « Assurément, Allah — Gloire à Lui ! — n’est pas circonscrit dans un endroit. » Pourtant, ces deux antagonistes sont tous les deux d’obédience chaféite. Montrez-nous le credo d’Ash-Shâfi`î — qu’Allah lui fasse miséricorde ! — que nous devons suivre. Et qu’est-ce qui est correcte à ce sujet ?
La louange est à Allah, [répondit-il]. Qu’il s’agisse du crédo d’Al-Shâfi’î — qu’Allah soit satisfait de lui ! — ou de celui des Anciens imâms de l’Islam, comme Mâlik, Al-Thawrî, Al-Awzâ’î, Ibn al-Mubârak, Ahmad ibn Hanbal, Ishâq ibn Râhawayh, ou de celui des shaykhs qui sont considérés comme des modèles en matière de cheminement spirituel [2], comme Fudayl ibn ‘Iyâd, Abû Sulaymân al-Dâranî, Sahl ibn ‘Abd Allah al-Tusturî et d’autres, il n’y a assurément pas de divergence entre ces imams et leurs semblables concernant les fondements de la religion.
Il en va de même pour Abû Hanîfa — que la miséricorde d’Allah soit sur lui ! —. Ce qui est sûr [après vérification des textes], c’est que le credo qu’il soutient en ce qui concerne l’unicité divine (tawhîd), le décret divin (qadar), ainsi que d’autres points de doctrine est conforme au crédo de ces imams, et le crédo de ces derniers est celui professé par les compagnons et ceux qui les suivirent en bel-agir. C’est d’ailleurs ce credo qui est explicité de manière claire par le Livre et la Sunna.
Al-Shâfi’î a dit dans le préface [de son livre] Al-Risâla : « Louange à Allah qui est comme Il S’est décrit Lui-même et Il transcende toute description que Lui donne Sa création. » Il a donc affirmé clairement — qu’Allah lui fasse miséricorde ! — que la description qu’il faut donner à Allah c’est celle qu’Il S’est donné Lui-même dans Son Livre et celle qui est exprimée par la langue de Son Envoyé — qu’Allah prie sur lui et le salue ! —. Ainsi a dit Ahmad ibn Hanbal : « Allah n’est décrit qu’au moyen de ce par quoi Il S’est décrit ou de ce par quoi Son Envoyé — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — l’a décrit, sans déformation/distorsion (tahrîf) [3] ni annulation/réduction (ta’tîl) [4], et sans imposition de modalité (takyîf) ni assimilation (tamthîl). Bien plutôt, ils affirment en Allah les noms et les attributs qu’Il affirme en Lui-même — ces noms sont tous très beaux et ces attributs sont tous très éminents —. Et il savent qu’ « Il n’y a rien qui lui ressemble ; et c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant. » [5], ; [c'est-à-dire qu'il n'y a rien qui Lui ressemble] ni dans Ses attributs, ni dans Son essence, ni dans Ses actes. » jusqu’à ses paroles : « Et c’est Lui qui a créé les cieux et la Terre en six jours, puis S’est établit sur le Trône. Il a réellement parlé à Moïse, à peine Il se fut manifesté au Mont qu’Il le nivela, et nulle chose n’est semblable à Lui dans quoi que ce soit de Ses attributs. Nul n’est comparable à Allah, que ce soit dans Sa science, Sa puissance, Sa miséricorde, Son établissement [sur Son Trône] (istiwâ`), Son ouïe, Sa vue, Sa parole (taklîm), ou Sa manifestation (tajallâ). »
Allah — Gloire à Lui ! — nous a assurément informé qu’il y a dans le Paradis de la viande, du lait, du miel, de l’eau, de la soie et de l’or. Ibn ‘Abbâs — qu’Allah soit satisfait de lui ! — a dit : « Il n’y a dans ce monde, de ce qu’il y a dans l’au-delà, que les noms. » Si donc ces créatures [paradisiaques] que nos sens sont loin de percevoir aujourd’hui (ghâ`iba) ne sont pas semblables aux créatures [terrestres] que nous voyons (mushâhada), quoiqu’elles aient en commun les noms, le Créateur est trop transcendant et se distingue de Ses créatures plus que ne se distinguent les créatures les unes des autres, quand bien même les noms s’accorderaient.
Il a assurément nommé Sa personne Vivant et Savant, Entendant et Clairvoyant, et parmi Ses noms, il y a aussi Compatissant et Très Miséricordieux. Néanmoins, le Vivant n’est pas comme n’importe quel être vivant, et on peut en dire autant concernant le Savant, l’Entendant, le Clairvoyant, le Compatissant, le Très Miséricordieux.
[Le prophète — qu'Allah prie sur lui et le salue ! —] a dit au cours du hadîth connu de la femme esclave (jâriya) : « Où est Allah ? », elle répondit « Au ciel » [6]. Cependant, cela ne signifie pas qu’Allah est à l’intérieur du ciel et que le ciel Le circonscrit et Le renferme. Pas un parmi les Anciens de la communauté et de ses imams n’a dit cela. Bien plus, ils sont unanimes qu’Allah est au-dessus de Ses cieux, sur Son Trône, séparé de Sa création ; rien de Son essence ne se trouve en Ses créatures, ni une chose de Ses créatures ne se trouve en Son essence.
Mâlik ibn Anas a dit : « Allah est au-dessus du ciel et Sa science est partout » ; jusqu’à ce qu’il dise : « Celui qui a la conviction qu’Allah est à l’intérieur du ciel, circonscrit et cerné par lui et qu’Il a besoin du Trône ou autre que le Trône parmi les créatures, ou que Son établissement sur Son Trône est à l’instar de l’établissement de la créature sur sa chaise, c’est un égaré, un innovateur et un ignorant. Celui qui a la conviction qu’il n’y a pas au-dessus des cieux un Dieu que l’on adore, ni au-dessus du Trône un Seigneur pour qui on prie et pour lequel on se prosterne, que Muhammad n’est pas monté vers son Seigneur et que le Coran n’est pas descendu d’auprès de Lui, c’est un négationniste (mu’attil) [comparable au] Pharaon [qui a nié l'existence de dieu] (fir’awnî), un égaré et un innovateur. » ; puis il dit à la suite d’un long discours : « Celui qui dit : “ Celui qui n’a pas la conviction qu’Allah est au ciel, c’est un égaré. ”, s’il veut dire par là que celui qui n’a pas la conviction qu’Allah est à l’intérieur du ciel, de manière à ce que le ciel Le circonscrit et Le cerne, il a assurément fait erreur. S’il veut dire par là que celui qui n’a pas la conviction de ce que le Livre et la Tradition ont apporté et de ce sur quoi se sont accordés les Anciens de la communauté, à savoir qu’Allah est au dessus de Ses cieux, au-dessus de Son Trône, distinct de Sa création, il a assurément juste. Celui qui n’a pas la conviction de cela est un individu qui dément l’Envoyé d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — et qui suit autre que le Sentier des croyants. Bien plus, en réalité il réduit à rien son Seigneur (mu’attilun li Rabbihi) et Le nie. Il n’a pas en réalité un Dieu qu’il adore, ni un Seigneur à qui il demande et vers qui il se dirige. Ceci est la parole des jahmites et leurs semblables parmi les suiveurs de Pharaon le négationniste.
Allah a certes naturellement prédisposé (fatara) les serviteurs, les arabes comme les non-arabes, à ce que lorsqu’ils invoquent Allah, leurs cœurs se tournent vers le haut ; ils ne se tournent pas vers Lui en regardant sous leurs pieds. C’est pourquoi certains pieux gnostiques (‘ârifûn) ont dit : “ Jamais un pieux gnostique (‘ârif) a dit “ Ô Allah ! ”, sans qu’il ne trouve en son cœur, avant même que sa langue ne bouge, l’idée de chercher le haut, sans se tourner ni à droite, ni à gauche. ” » ; puis il rappela après un long discourt le hadîth : « Tout nouveau-né naît selon la prime nature (fitra) … »
Les partisans de l’inhérence d’Allah dans le créé (ahl al-hulûl) et de la négation/réduction (ahl al-ta’tîl) ont dans ce chapitre des ambiguïtés par lesquelles ils contredisent le Livre d’Allah et la Tradition de Son Envoyé — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — ainsi que ce sur quoi il y a consensus des Anciens de la communauté et ses imams, et ce à quoi Allah a prédisposé Ses serviteurs, ainsi que ce qu’indiquent les arguments rationnels justes (dalâ`il ‘aqliyya al-sahîha) ; car assurément, tous ces arguments sont unanimes qu’Allah est au-dessus de Ses créatures, élevé sur eux. C’est assurément à cette vérité qu’Allah a prédisposé les vieillards, les bédouins et les enfants [qui apprennent encore l'alphabet] dans les écoles coraniques, de la même façon qu’il les a prédisposé à reconnaître l’existence du Créateur élevé soit-Il.
Il a dit — qu’Allah prie sur lui et le salue ! — dans le hadîth authentique : « Tout nouveau-né naît selon la prime nature et ses parents font de lui un Juif, un Nazaréen ou un Mage. De même que la bête produit une bête complète : en trouvez-vous qui soient mutilées ? » [7] Abû Hurayra – qu’Allah soit satisfait de lui ! — de dire ensuite : « Lisez, si vous voulez : « …la prime nature selon laquelle Allah a prédisposé les hommes. Point de changement à la création d’Allah ! » [8] Et c’est là le sens de la parole de ‘Umar ibn ‘Abd al-’Azîz : « Il t’incombe [de t'attacher] à la religion des Bédouins et des enfants [qui apprennent encore l'alphabet] dans les écoles coraniques, et il t’incombe [de t'attacher] à ce à quoi Allah les a prédisposé. Allah a certes naturellement prédisposé Ses serviteurs à la Vérité, et les envoyés ont été envoyés pour parfaire (takmîl) et affermir (taqrîr) cette prime nature (fitra), non pour changer (tahwîl) la fitra ni l’altérer (taghyîr). »
Quand aux ennemis des envoyés, à l’instar des jahmites pharaoniques et leurs semblables, ils veulent altérer la fitra d’Allah et affecter les hommes d’ambiguïtés (shubuhât) par des mots équivoques. La plupart des gens ne comprennent pas ce que ces hérétiques visent par ces mots et donc ne savent pas comment les réfuter.
En remontant l’origine de leurs arguments fallacieux, on constate qu’ils emploient des termes dont le sens est global (mujmal), n’ayant aucun fondement dans le Livre [du Très-Haut], ni dans la Sunna de Son Envoyé, et qui ne sont employés par aucun des imams des musulmans, comme le terme de spatialité (tahayyuz), de corps (jism), d’endroit/côté/direction (jiha) et choses similaires.
Celui qui sait décrypter leurs arguments fallacieux, qu’il les dénonce. Et celui qui ne les connait pas, qu’il mette de côté leurs paroles et qu’il ne dise que ce que le Livre et la Tradition ont apporté. Ainsi dit [Le Très-Haut] : « Quand tu en vois s’en prendre à Nos Signes/Versets, écarte-toi d’eux, jusqu’à ce qu’ils abordent un autre sujet. » [9] Quiconque parle sur Allah et Ses noms et attributs avec ce qui contredit le Livre et la Tradition, il fait partie de ceux qui s’en prennent aux Signes/Verset d’Allah par le faux.
Beaucoup de ceux-là attribuent aux imams des musulmans ce qu’ils n’ont pas dit. Ils attribuent à Al-Shâfi’î, Ahmad ibn Hanbal, Mâlik et Abû Hanîfa des croyances qu’ils n’ont pas soutenues. Ils disent à ceux qui les suivent : « Cela est la conviction de tel imam ; mais lorsqu’ils leur est demandé la transmission/tradition authentique (al-naql al-sahîh) selon les imams, leur mensonge apparaît clairement.
Al-Shâfi’î a dit : « Mon jugement concernant les adeptes du verbiage théologique/de la théologie dogmatique d’inspiration philosophique (ahl al-kalâm) est qu’ils soient frappés avec des branches de palmier et des sandales, qu’on les fasses tourner dans les tributs et les quartiers et que l’on dise : “ Ceci est la sanction de quiconque délaisse le Livre et la Tradition (sunna) et qui se consacre au kalâm. ” » [10]
Abû Yûsuf al-Qâdî a dit : « Quiconque cherche la Religion par le kalâm devient hérétique. » Ahmad [ibn Hanbal] a dit : « Pas un n’a rejeté le kalâm sans qu’il n’atteigne la béatitude. » A certains savants de dire également : « L’annulateur d’attributs divins (al-mu’attil) adore le néant, l’anthropomorphiste (mumaththil) adore une idole. Le mu’attil est aveugle, le mumaththil est amblyope, et la religion d’Allah se trouve entre celui qui y fait preuve de rigorisme et celui qui s’en détache. Allah le Très-Haut a dit : « Ainsi vous constituons-Nous communauté médiane » [11]. La position qu’occupe la Sunna en Islam est comme la position qu’occupe l’Islam parmi les confessions.
Et la louange est à Allah Seigneur des mondes.
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[1] Traduction M.F t. 5, p. 256-261.
[2] À la base, j’avais traduit « المقتدى بهم » par « les shaykhs que l’ont suit ». Le frère Muhammad — qu’Allah le préserve — m’a reprit en m’expliquant « al-iqtidâ` » qui se trouve dans ce passage, et qui, littéralement, veut dire « le suivi, l’imitation etc. », comme suit : « Traduire « المقتدى بهم » par « que l’on suit » ne rend pas l’idée qu’Ibn Taymiyya veut transmettre. Les shuyûkh comme Fudayl b. ‘Iyâd sont pris comme modèle et on leur attribue des tarîqa. C’est comme si Ibn Taymiyya voulait toucher les soufis de cette manière. »
[3] Le tahrîf, c’est l’interprétation falsificatrice et vaine des versets et des hadîths qui parlent des attributs d’Allah.
[4] Le ta’tîl c’est nier partiellement ou totalement les attributs d’Allah.
[5] Coran, al-Shûrâ, XLII, 11.
[6] Rapporté par Muslim, t. 1, p. 382.
[7] Rapporté par Al-Bukhârî, 1385, et Muslim, 2658.
[8] Coran, al-Rûm, XXX, 30.
[9] Coran, al-An’âm, VI, 68.
[10] J’avais posé une question par e-mail, il y a de cela maintenant quelques semaines, au frère Muhammad al-Maghribî — qu’Allah le préserve ! — concernant le réel sens visé par les savants de la Sunna par ahl al-kalâm et ‘ilm al-kalâm. Je vous retranscrit donc la réponse que le frère m’a apporté. Constatez par vous même la sagesse et la profondeur de son explication en quelques lignes — qu’Allah l’augmente en science ! — :
La science du kalâm fut appelée ainsi parce que ceux qui s’y intéressent ne font que polémiquer et se livrer à des discussions stériles, loin de la réalité. Autre explication de l’origine de cette appellation est que le sujet principal de leur divergence est l’attribut de la parole concernant Allah — sifatu al-kalâmi li-l-Lâh —.
C’est une science en rapport direct avec le dogme islamique. Elle a été inventée lorsque les musulmans se mirent à traduire les œuvres des philosophes grecs, perses et autres, en particulier durant le règne du calife Abbasside Al-Ma’mûn.
On la définit comme étant une science qui cherche à prouver les réalités de la foi par des « preuves rationnelles ». Je mets bien les preuves rationnelles entre guillemets parce que ce qu’ils entendent par là ce sont les thèses qu’ils ont hérité des philosophes grecs et autres et des présomptions sophistiques.
Elle diffère de la science de la ‘aqîda par le fait que celle-ci se fonde sur la Révélation divine, c’est-à-dire sur le sens explicite des versets du Coran et des hadîths authentiques , tandis que la science du kalâm se fonde sur des idées philosophiques et interprète les textes de la Révélation de manière à ce qu’ils correspondent à ces idées. De là ressort le problème du ta’wîl.
Les gens du kalâm sont les jahmites, les mutazilites, les mâturidites, les acharites, les imâmites, les ibadites, les zaydites, etc. Ils sont très nombreux (les habaches et les chiites d’aujourd’hui en font partie).
La philosophie est plus générale que la science du kalâm. Les mutakallimûn sont en général des théologiens musulmans qui s’inspirent des données philosophiques. Les philosophes musulmans (Ibn Sînâ, Al-Fârâbî, Al-Kindî et autres) s’intéressent à la philosophie en général. Ils sont plus proches de l’hérésie que de l’islam. » — Fin de la réponse par mail — Qu’Allah le rétribue grandement.
[11] Coran, al-Baqara, II, 143.

